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mercredi 1 novembre 2023

Stages et évènements de novembre 2023

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dimanche 22 avril 2018

Interview de Keith R. Kernspecht [partie 2]

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Partie 1 Partie 2

Traduction par Renaud, merci à lui !

On a noté que les différents disciples de Yip Man ont chacun leur façon d’épeler wing chun. Avez-vous trouvé des différences dans leur façon de l’enseigner ?

Sifu Kernspecht, les années passent mais il reste un colosse
Seul Leung Ting est mon sifu. Quand j’ai exploré une demi-douzaine de méthodes d’autres professeurs, c’était sans intérêt par rapport aux 30 années d’enseignements de Yip Man.

L’enseignement de Yip Man a-t-il évolué selon vous avec le temps ?

Les élèves de haut niveau de Yip Man se sont toujours pris la tête sur ses “vraies” méthodes d’enseignement. Ils prétendent détenir chacun la seule et unique méthode, laissant entendre que les autres ne l’ont pas. Je ne me sens pas qualifié pour juger des déclarations de mes maîtres et de mes ainés. Je pense que Yip Man enseignait différemment à 30 ans, à 50 ans, quand il était moins fort mais plus expérimenté… Ses premiers étudiants pourraient insister sur des mouvements directs et puissants, alors que ses derniers élèves seraient plus enclins à voir l’art de Yip Man comme quelque chose de doux et de très sophistiqué.

Sur ce que je sais, je peux distinguer plusieurs phases dans son enseignement, du coup j’aime penser que l’authenticité d’une version n’exclut pas l’authenticité de l’autre. Et je crois que si on peut parler de différents styles à propos de karaté (shotokan, wado, goju…), on peut parler de différents styles Yip Man. Mais c’est mon avis personnel.

Pouvez-vous donner une idée à nos lecteurs de ce qui est spécial à propos du wing tsun que vous pratiquez ?

C’est une méthode complexe qui peut donner à quelqu’un de plus faible (homme ou femme) une chance de terrasser un adversaire plus fort et plus lourd.  La méthode Leung Ting telle que je la comprends est fondée sur deux principes simples. Elle n’est pas fondée sur des techniques ou des combinaisons prédéfinies. Il n’y a pas de techniques fixes. Deux mains, celle devant, la man sau (le bras antenne), et celle derrière, la wu sau (à l’arrière, celle qui protège), qui sont dirigées vers la ligne centrale de l’adversaire.

Les bras ont la qualité de bâtons en rotin, flexibles, qui se déplient comme des ressorts comprimés qu’on libère, et dans les bras, et le corps, c’est une même énergie qui circule, prête à être libérée. Si l’ennemi tente de toucher une partie vitale de notre corps, il ne peut le faire qu’en entrant premièrement en contact avec ces bras. Si le contact est seulement léger, et que la poussée se fait sans la poussée du coude, le bras du wing tsun, porté par ce flux d’énergie constante, ne sera pas empêché et pourra se diriger directement vers l’adversaire et sa ligne centrale. Dans ce cas, pas de techniques prédéterminées, juste la formule du wing tsun : frapper (thrust forward) où la voie est dégagée.

Dans le cas où la défense ou l’attaque est assez puissante pour plier ou dégager les bras qui défendent (qui doivent être souples comme du rotin), nous laissons nos bras et notre corps se déformer selon la direction et la puissance dictée par l’adversaire. Mais nous gardons le contact avec lui et son bras. Nous nous collons à lui pour avoir une chance de contrôler sa propre force et l’utiliser pour contre-attaquer. Le flux de notre énergie est constant et tourné vers l’adversaire, et s’il laisse le moindre vide, le moindre écart,  nous pourrons y pénétrer sans y penser, c’est l’autre formule du wing tsun : “reste en contact avec le bras de l’adversaire s’il est plus puissant”. Pour moi le wing tsun, c’est ces deux principes. Les mouvements résultent en fait de ceux de l’attaquant, qui change la forme de nos bras et de nos jambes en fonction de sa propre attaque ou défense.

Bruce Lee disait cela aussi, que ses techniques dépendaient de celles de son adversaire ?

Oui en ce sens, ses principes sont ceux du wing tsun, du taoïsme plus généralement.

Je peux comprendre que ces concepts fonctionnent pour la défense, mais qu’en est-il de l’attaque ? N’a-t-on pas besoin de notre propre puissance ?

La force du wing tsun est douce. Mais par ce terme, nous ne parlons pas de quantité mais de qualité. Douce comme qualité caractéristique d’une force souple, jaillissante. Le contraire serait “dure”, “rigide”. Mais la force du wing tsun peut-être aussi puissante qu’une force rigide. On ne doit pas se méprendre, “doux” ne veut pas dire “faible”, ni “dur”, “fort”.

Vous qui êtes une force de la nature, haltérophile à la base, ne tendiez-vous pas naturellement vers un style dur ?

Pas nécessairement. Je vieillis en plus. Mes muscles peuvent toujours supporter 180 kilos, mais mes tendons et mes articulations peuvent me jouer des tours avec l’âge. Personne ne peut indéfiniment accroître sa force. Mais en suivant une voie douce et souple, je crois que je peux et vieillir et devenir plus efficace. C’est l’avantage d’un style de combat qui ne repose pas sur la force, le poids ou la vitesse.

Sifu Kernspecht levant 200kg à la presse verticale

Que pensez-vous du jeet kune do ?

Malheureusement, je n’ai pas eu la chance de voir Bruce Lee en action. Mais du coup je n’ai pas manqué d’étudier avec le premier élève de Bruce Lee qui est aussi devenu son assistant. Ce que j’ai appris est une méthode d’attaque très efficace et très particulière qui m’a semblé être une interprétation personnalisée, modifiée, simplifiée du wing chun que Bruce Lee avait appris auprès de Yip Man. 

En plus du wing tsun, vous enseignez les arts martiaux philippins. 

J’ai vu des photos de pratiquants d’escrima dans des magazines étrangers et mes yeux de pratiquant de wing tsun y ont vu une logique dans leurs mouvements. A partir de 1977, j’ai invité René Latosa de San Francisco et Bill Newman de l’International Philippine Martial Arts Society à venir nous enseigner ces arts martiaux régulièrement.

Encore une question Mr Kernspecht, est-il possible pour des étudiants américains de venir étudier dans votre château ? 

Bien sûr, ils peuvent m’écrire en anglais à l’EWTO c/o Mr Kurt Witt, Kantstrasse 6, D-2448 Burg Fehrmarn, West Germany.
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dimanche 15 avril 2018

Interview de Keith R. Kernspecht [partie 1]

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Partie 1 Partie 2

Traduction par Renaud, merci à lui !
 
Keith Ronald Kernspecht, Kung Fu Kaiser, Black Belt, volume 21, numéro 6, juin 1983

Dans un château d’Allemagne de l’ouest, dédié à la pratique des arts martiaux, l’un des principaux pionniers européens évoque l’histoire du kung fu et des arts martiaux sur le vieux continent.

L’art du grand maître, feu-Yip Man, appelé wing chun, ving tsun ou wing tsun selon la lignée, devient de plus en plus populaire sur la planète. Quand Bruce Lee rend le système fameux en en faisant le cœur de son propre jeet kune do, d’autres professeurs ont introduit cet art d’attaque/défense simultanée sur tous les continents. Pas de doute c’est bien Bruce Lee, l’un des premiers sinon le premier, qui l’a introduit aux Etats-Unis. William Cheung, un autre disciple direct de Yip Man, l’a lui diffusé en Australie.

L’homme le plus utile dans la diffusion du style, du moins celui de sa branche propre, le Wing Tsun, à travers livres et articles, est le professeur chinois, Leung Ting. Son système s’est installé au-delà de Hong Kong, dans une vingtaine de pays : Allemagne, Autriche, Suisse, Danemark, Suède, Finalnde, Angleterre, Irlande du Nord, Grèce, Italie, Espagne, Portugal, Yougoslavie, Pologne, Egypte, Etats-Unis, Venezuela, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, et Philippines.

Au milieu des années 70, Leung Ting a introduit son style en Allemagne de l’Ouest, invité par un professeur de Kempo, Keith R. Kernspecht, par ailleurs professeur d’université et de lycée. Aujourd’hui, Kernspecht, 38 ans, est l’étudiant non-chinois le plus gradé de Leung Ting et a développé lui-même le wing tsun dans neuf pays européen. En 1978, il crée l’European Wing Tsun Organization (EWTO).

Une soixantaine d’écoles de wing tsun sont supervisées par Kernspecht en Europe et leur quartier général est un vieux château près d’Heidelberg, sans doute le lieu le plus beau et romantique d’Allemagne. Parallèlement à l’écriture de livres à succès sur les arts martiaux ésotériques, Kernspecht écrit dans plusieurs magazines européens. Il vient même de créer le trimestriel de 52 pages, Wing Tsun Welt, entièrement consacré à l’art martial de Yip Man. Black Belt interviewe Kernspecht à Heidelberg.

Black Belt : M. Kernspecht, on dit que vous êtes le pionnier du kung fu en Europe. Etiez-vous vraiment le premier à l’enseigner ici ?

Keith R. Kernspecht : Il y avait aussi Al Dacascos et son style wun hop kuen do. Il a organisé de beaux spectacles autour du kung fu, des tournois aussi. Il faisait du bon boulot. Il y avait à l’origine beaucoup de préjugés sur le kung fu, nous devions constamment montrer que le kung fu n’était pas juste une danse débile, que certains pratiquants bidons promouvaient. Pas de doute maintenant, le wing tsun est le style le plus répandu en Europe, à l’exception du tai chi peut-être.

On nous a raconté des trucs fantastiques à votre sujet, à propos par exemple d’un centre sur les arts martiaux dans un beau château près d’Heidelberg. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Depuis plus de 10 ans, j’essaie de donner une bonne image des arts martiaux à travers des publications, des articles. Le château comme quartier général est une progression logique dans ce sens. Les arts de l’escrime, de la lance, sont solidement implantés dans les châteaux allemands. Nous avons juste réactivé cette vieille tradition de l’époque médiévale.  L’immense parc du château, avec le lac, la salle d’escrime, le marbre, le bois massif, cette atmosphère qui s’est développé à travers les siècles, te font oublier ta vie de tous les jours. Là tu peux te détendre, te consacrer à des arts purs, tu peux ressentir.

  Le château de Langenzell

Le château a été construit par un prince allemand. Il y a 99 tours et tourelles. A l’époque où il l’a construit, il ne manquait pas de moyens financiers, ni de personnels. L’architecture onéreuse et l’énorme parc qui nécessitait 40 jardiniers le montrent bien. Beaucoup de pratiquants partagent ce rêve. Un monastère ou un château entièrement consacré aux arts martiaux. Ça m’a pris beaucoup de temps et d’argent pour y arriver. J’ai cherché ce type d’endroit pendant des années. C’est à 15 minutes de voiture d’Heidelberg, qui est à une heure de train de Francfort (il y a là-bas un aéroport international).

On a au château toutes les installations nécessaires : grande salle pour les arts martiaux, pièces pour la muscu, terrasses à l’abri de la pluie, prés, forêts et de beaux endroits pour s’entraîner en plein air (pur). Sont situés pas très loin, des hôtels, des maisons d’hôtes, des endroits pour faire des randonnées, jouer au squash, au tennis… Sans parler de la romantique Heidelberg, avec ses vieux bars et ses bons restaurants. Chaque année, on organise au château des cours intensifs de wing tsun et d’escrima, organisés pour les débutants et les confirmés. Parallèlement à ces cours spéciaux, on y donne des cours privés chaque jour.

Il paraît que le château est aussi le QG de la World Martial Arts Instructors Council (WMAIC). Quels en sont les buts ?

Il y a beaucoup de rivalités, de jalousies, de préjugés parmi les professeurs d’arts martiaux partout dans le monde. Non seulement entre les différents styles, mais aussi à l’intérieur des styles eux-mêmes. Cela donne une mauvaise image des arts martiaux. L’un des buts de ce conseil est l’amitié, la compréhension ou au moins la communication entre les différents professeurs de différents styles. L’autre but est que les professeurs sachent se gérer eux-mêmes. Je voyage beaucoup et j’ai pu constater que dans certains pays, les états ont établi des commissions qui contrôlent les arts martiaux et donnent des autorisations pour ouvrir des écoles.

Du coup, dans certains pays, on se retrouve dans des situations inconfortables où des professeurs de kung fu doivent prouver leurs compétences devant des professeurs… de karaté. Quand des états en Europe demandent à des fédérations de karaté de gérer les affaires d’écoles de kung fu ou d’escrima (note d’Orphée : comme quoi ça ne date pas d’hier), on pense qu’il y a des choses à faire. Nous avons convaincu les officiels en Allemagne que les arts martiaux ne sont pas tous pareils, qu’ils se fondaient sur des philosophies différentes, parfois des théories antagonistes. C’est là que l’idée a germé. On voulait se faire entendre.

Comment sont choisis les membres du WMAIC ?

Les membres présents cooptent les nouveaux membres de haut niveau et de bonne réputation. On n’y entre pas en monnayant son entrée. Nous ne publions même pas la liste de nos membres, c’est privé.

Nos lecteurs sont assez peu informés de ce qui se passe en Europe. Cela fait 25 ans que vous êtes acteur des arts martiaux en Allemagne, vous voyagez constamment à travers l’Europe, quelle est la situation des arts martiaux en Allemagne ?

J’ai commencé il y a 24 ans par la lutte, très ancrée en Allemagne, puis j’ai abordé le ju-jitsu, le judo, le karaté. Je pense que j’étais parmi les 50-60 premiers karatekas en Allemagne. C’était au début des années 60. Notre professeur était en fait un spécialiste du ju-jitsu qui enseignait selon l’ouvrage de référence “Karaté” de Nishiyama et Brown. Plus tard le BKD (la fédération allemande) a ouvert des dojos et a rendu le karaté populaire. Le style le plus répandu (il l’est toujours) est le Shotokan. Les styles Wado et le Goju se sont aussi bien implantés en Allemagne. Dix ans plus tard, le taekwando coréen est arrivé sur le marché avec ses coups de pieds et ses sauts spectaculaires. Beaucoup de karatékas, d’abord sceptiques, se sont convertis à cette discipline. J’ai essayé aussi pendant un an, j’ai trouvé ça génial mais ce n’était pas ma tasse de thé. A la fin des années 60, j’avais déjà lu des articles sur Yip Man dans des publications de Hong Kong.

Je suis parti à la recherche d’un prof dans les quartiers chinois des villes européennes. J’y ai reçu un enseignement, maintenant que j’y pense, qui n’était pas vraiment authentique, personne ne m’a enseigné le système complet. Au début des années 70, j’ai rencontré Cheng Chuan, un acrobate chinois, qui avait appris le wing chun d’un professeur, Lee, installé à Londres. Je lui suis encore reconnaissant pour la visite de son école (qui n’existe plus malheureusement). Bien que les instructions aient été en chinois, la plupart de ses étudiants étaient chinois, j’en ai bien profité. Du coup dans les années 70, j’ai abandonné l’enseignement du karaté et du kempo, j’ai confié ma classé de karaté à un 2e dan,  et j’ai ouvert le premier kwoon de wing tsun en Allemagne.

En 1974, je suis entré en contact avec Leung Ting, mon professeur de Hong Kong. Il accepta mon invitation à venir en Allemagne en 1976. Depuis il vient en Allemagne ou en Europe une fois par an pour plusieurs semaines. J’ai appris de lui non seulement à Hong Kong mais surtout en Europe. Ce qui m’a permis de continuer à travailler tout en apprenant le wing tsun.
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