dimanche 5 février 2017

Interview de Yip Man dans le magazine New Martial Hero

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L’interview qui suit vient d’une ancienne édition du magazine Hong Kongais New Martial Hero, c’est l’une des deux seules interviews jamais éditées de Yip Man. 
A la base elle fut postée dans le forum de discussion KFO par K. Gledhill et Phillip Redmond qui l’a postée sur Facebook, donc tous les crédits leur reviennent, je me contente de re-poster cette interview afin que plus de lecteurs en profitent. [Pavel Macek]

Merci à eux ainsi quà Véronique pour sa traduction ! Histoire de rendre à César ce qui lui revient, puisque je me contente de vous poster la dite interview. Je ne sais pas à quel point cette interview est authentique.

Yip Man est appelé ici Grand Maître Yip Man, à ma connaissance Yip Man refusait le titre de Sifu et préférait être appelé oncle Man, alors pourquoi Grande Maître ? Ce point n’est cependant pas préoccupant, le magazine ayant très bien pu décider de le nommer ainsi de sa propre initiative.


Difference entre les styles Weng Chung et Wing Tsun/Wing Chun (note d’Orphée : Wing Tsun est, à ma connaissance, une écriture inventée par Sifu Leung Ting)
Ils pensent que ces deux clans sont juste le même style de kung fu portant deux noms différents. En fait le style Wing Tsun est assez différent du style Weng Chun. A Hong Kong le dirigeant du clan Wing Tsun est GM Yip Man, tandis que le dirigeant du clan Weng Chun est GM Chu Chung Man.
Les techniques et les sections sont également assez différentes. Par exemple, dans le système Wing Tsun il y a des sets tels que  Siu-Nim-Tau, Chum-Kiu, Biu-Tze, le mannequin de bois et le bâton long. En Weng Chun il y a le mannequin de bois, le Bart Mo Dan Da encore appelé “huit méthodes de combat seul”, Lin Wan Kou Da encore appelé “coups de poings enchaînés en attrapant les mains” ainsi que le bâton long.

Les raisons qui font que ces deux styles sont perçus comme étant identiques viennent du fait qu’ils ont certaines techniques en commun, mais certains concepts sont différents. Par exemple les deux utilisent le Noi Lim Sau  et les deux exercent le Chuen King de l’inch force.
Noi Lim Sau est une technique qui permet au pratiquant de venir en intérieur alors qu’il se trouvait précédemment en extérieur. De la même façon qu’il utiliserait une faucille pour se frayer un passage. Cette technique requiert une grande force dans le coude, et un mouvement circulaire assez restreint. Pour ces raisons c’est une méthode rapide de contre attaque.

Deux styles différents venant d’une même source.
Grand Maitre Yip était natif de Fatshan. Quand il était très jeune, il était plutôt chétif. Pour cette raison ses parents l’envoyèrent apprendre le Wing Chun chez Chan Wah Shun, l’élève le plus célèbre du fameux Dr Leung Jan. Quand GM Yip parle de son passé il le fait avec enthousiasme. Voici un extrait de l’interview dans son format original :

New Martial Hero : Est ce que Chan Wah Shun portait le surnom de Jau Chin Wah (Wah le changeur de monnaie) ?
Yip Man : Ce surnom n’est pas représentatif du caractère de mon instructeur. En dehors de Wah le changeur de monnaie, il portait aussi le surnom moins flatteur de Ngau Chin Wah (Wah le taureau) Il était l’élève principal du Dr Leung Jan.

New Martial Hero : Ce nom indique que Wah était quelqu’un de colérique prompt à la bagarre ? Combien d’élèves acceptait-il ? Quel était votre rang parmi vos frères de kung fu ?

Yip Man : Y compris moi, Wah Shun n’avait accepté que 16 élèves depuis qu’il avait ouvert son école de Kung Fu. J’avais 11 ans quand je devins son élève vers la fin de sa vie.

New Martial Hero : Nous, les Chinois, avons un dicton qui voudrait que le dernier fils soit le fils préféré. Si on s’y réfère, dans la mesure où vous avez été son dernier fils de kung fu, vous devez avoir été son préféré ?

Yip Man, avec un sourire : C’est exact, Quand j’ai appris avec lui il avait déjà 70 ans Il était un peu affaibli à cette époque. Toutefois il corrigeait mes erreurs avec beaucoup de patience. De plus il demandait aux autres élèves de m’apprendre des choses. De ce fait mes techniques progressèrent à grande vitesse.
C’est une bonne question, laissez-moi vous dire pourquoi. Dans l’ancien temps, les gens étaient très rigoureux pour ce qui concernait les relations professeur/élève. Avant qu’ils n’acceptent un élève ils avaient besoin de connaître le caractère de ce peut être futur élève de façon très précise. C’est ce qu’on appelle “choisir le bon élève à qui enseigner”. Ensuite cela dépendait aussi du fait que l’élève pouvait ou non payer les cours.

GM Yip se tut pour un moment, puis il reprit à mi voix : “il est un fait que peu de gens pouvaient payer des cours dans cette école prestigieuse. Par exemple, quand j’ai payé pour ma cérémonie d’admission, j’ai dû donner 20 taels d’argent. Et je devais payer 8 taels mensuels pour les frais de scolarité.
(NDLT -merci wiki-  ce terme désigne le plus souvent le tael chinois, qui faisait partie du système de mesure et de monnaie chinois. Selon la région ou le type de commerce, l’unité de poids servant de référence pour mesurer le tael pouvait varier.
En général, le tael d’argent pesait aux alentours de 40 grammes. )
(note d’Orphée : pour ma part j’ai lu qu’il s’était présenté avec 300 taels d’argent au kwoon de Chan Wah Shun, cf mon article sur Yip Man)

New Martial Hero : que représentaient 20 taels au regard du niveau de vie de l’époque ?

Yip Man, après réflexion : Pour 20 taels vous pouviez trouver une épouse. De même avec à peine plus qu’un tael et demi vous pouviez vous offrir un sac de riz d’un picul
(NDLT :  un picul désignait la quantité qu’un homme pouvait porter sur ses épaules à l’aide d’une barre de portage, j’ai cru comprendre qu’on atteignait les 70 kg environ)
Voici pourquoi, à l’époque, la plupart des gens qui apprenaient le kung fu étaient riches. Ces gens pouvaient abandonner leur métier et aller vivre dans des vieux temples dans les montagnes pour s’y entraîner. Ce n’est pas comme aujourd’hui où les gens peuvent facilement apprendre le kung fu n’importe où.

New Martial Hero : Après le décès de Wah vous avez quitté Fatshan et êtes venus à Hong Kong pour étudier au St Stephen’s College. Avez-vous de nouveau pris des cours de kung fu à Hong Kong ?

Yip Man, avec un sourire: Bien sûr ! Et je peux dire que c’est à cause d’un expert extrêmement compétent de Wing Tsun (note d’Orphée : je suis assez surpris de voir le terme Wing Tsun utilisé ici, j'aurais davantage vu Ving Tsun ou Wing Chun) que j’ai rencontré, que j’ai pu apprendre les techniques les plus avancées de Wing Tsun.
C’était Leung Bik, le fils ainé du Dr Leung Jan. La façon dont j’ai rencontré mon maître Leung Bik est une longue histoire.

Après que NMH ait longuement insisté, GM Yip Man commença à raconter son histoire en détails : Alors qu’il quittait Fatshan pour aller étudier à Hong Kong, il avait déjà un très bon niveau pour ce qui était des techniques de combat de wing chun. Il combattait toujours avec ses partenaires pendant les cours. Bien qu’il ne fût pas grand il avait de très bonnes techniques qui compensaient. Ainsi pouvait-il battre ses camarades, même ceux plus grands et plus forts que lui Et de ce fait il devint arrogant, considérant que personne ne pouvait le battre. 

Après 6 mois, un autre élève, nommé Lai, dont le père possédait une grosse compagnie du nom de “Kung Hang Silk Company” dans la rue Jervois à Sheung Wan, (NDLT : un quartier de Hong Kong) dit à Yip qu’un ami de son père vivait dans leur maison. Il avait environ 50 ans. Il connaissait des techniques de kung fu. Et il proposa un sparring amical à Yip Man.
A cette époque Yip n’ayant jamais été battu, ne jugea pas utile d’accepter la proposition, et de perdre son temps. Lai arrangea un rendez-vous pour les présenter l’un à l’autre un dimanche après midi. Ce dimanche là Yip se rendit au domicile de son partenaire Lai. Après avoir été présenté à un homme d’âge moyen, Yip le regarda d’un regard approbateur. Pour Yip cet homme avait plutôt l’air d’un gentleman que d’un pratiquant de kung fu.

Après un moment Yip Man lança un défi à l’homme pour un sparring. Avec un sourire l’homme dit “Bien Yip Man, donc tu es intéressé par un sparring avec moi. Avant que le combat ne commence je te demande de ne pas te faire de souci pour moi. Tout ce que tu auras à faire est de m’attaquer sur n’importe quelle partie du corps, en y mettant toute ta force. C’est tout simple”.
Bien qu’ayant entendu cela, Yip Man, arrogant, pas plus troublé que ça, décida de battre cet homme.

A peine l’homme eut-il donné le signal du départ qu’il fut la proie d’une pluie de coups agressifs de la part de Yip. Mais l’homme était si rapide que Yip ne put rien faire contre ses mouvements de contre attaque. Très rapidement Yip Man dut se réfugier dans un coin, et l’homme cessa le combat au même moment.
Après ce premier contact, et bien que clairement battu, Yip Man ne put croire que cet homme ait pris la main si rapidement. Et donc il demanda une seconde chance. Une fois encore Yip Man fut totalement sous le contrôle de l’homme. Il ne pouvait rien faire contre lui ! Cette seconde fois il fut enfin convaincu d’avoir été battu par un grand expert de kung fu. Sans un mot il s’en alla, extrêmement déçu.

Après cette défaite Yip Man fut tellement déprimé qu’il ne mentionnait même plus le fait qu’il connaissait le kung fu. Une semaine plus tard Lai lui dit qu’ l’homme souhaitait le revoir. Mais à ce moment-là Yip Man plutôt effrayé et trop honteux à l’idée de revoir l’homme, dit à Lai “Je me sens trop embarrassé pour oser le revoir”.
Toutefois, à sa grande surprise, Lai lui dit que l’ami de son père avait grandement apprécié les techniques de Yip Man. Et c’est pourquoi il souhaitait le revoir et parler avec lui. Lai commença alors à révéler le secret de l’ami de son père : en fait celui qui avait combattu Yip Man n’était nul autre que Leung Bik, le fils du Dr Leung Jan !
En entendant la vérité, Yip Man se dit “Wouaw ! Voilà pourquoi il est tellement bon. En fait ce jour-là j’ai combattu un authentique expert en kung fu !”
Il réalisa immédiatement toute la portée de l’opportunité qui s’offrait à lui. C’était là une occasion unique d’apprendre des techniques bien plus avancées que celles qu’il possédait déjà de son maître Wah. Et il ne perdit pas de temps à demander à son ami Lai, de l’emmener à la  Kung Hang Silk Company pour rencontrer Leung Bik.

Comme Yip Man était un élève très doué, apprenant très vite, Leung Bik fut très heureux de lui apprendre tout ce qu’il savait.
Quelques années plus tard Leung Bik en eut assez de vivre à Hong Kong et songea à retourner à Fatshan. A ce moment là Yip Man avait pratiquement atteint le plus haut niveau en termes de techniques de kung fu.


Petit complément ici !

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mercredi 1 février 2017

Stages et évènements de février 2017

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Stages et évènements 2017 : Stages et évènements à venir Stages et évènements passés Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
 
Stage de jeet kune do le samedi 04 février 2017 :

 
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Stage de shaolin dan bi shou le dimanche 05 février 2017 : 

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Évènement championnat kata / kumite le dimanche 05 février 2017 :


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Stage pédagogique spécial cours enfants le samedi 11 février 2017 :

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Évènement 2ème open d'Alsace semi-contact enfants et multi disciplines le dimanche 12 février 2017 :


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Évènement championnat d'Alsace kumite le dimanche 19 février 2017 :

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Stage d'harmonisation des grades krav maga le mardi 21 février 2017 : 


Février 2017

Calendrier 2017 : Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre
 
 
 
C'est le 24 février 2013 qu'a été diffusée pour la première fois la série télévisée sur Yip Man, avec Kevin Cheng dans le rôle titre.

Février c'est aussi le mois de la saint Valentin, aussi je vous propose en illustration Yip Man et son épouse Cheung Wing-sing (ici incarnée par Han Xue) !

Pour télécharger le pdf du calendrier, il suffit de cliquer ici !

dimanche 29 janvier 2017

Des pratiques cousines : le kakie

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Chi sao Chi gerkTuishouKakieHubud
 
D’après les propos de Bernard Cousin dans l’interview qu’il a accordé à la revue Arts Martiaux.


Voici une autre pratique cousine du chi sao, le kakie qu’on retrouve principalement dans le goju ryu (une forme de karate), ainsi que dans le taikiken. Il s’agit d’un exercice de poussée des mains.

Dans le texte que j’ai trouvé, le kakie est avant tout comparé au tuishou dont je vous parlais précédemment. Le goju ryu d’Okinawa serait le seul art martial japonais à posséder un travail de poussée des mains et ceci viendrait d’un héritage chinois. En effet c’est Kanryo Higaonna qui ramena cette pratique de Chine après avoir étudié auprès de Ryu Ryuko. Le successeur de Kanryo, Chojun Miyagi (fondateur du goju ryu) la développa. La pratique s’est développée grâce à eux et Miyagi fit une recherche perpétuelle en matière de combat ne prohibant aucune technique et laissant la compétition de côté (un homme selon mon cœur !).

Le kakie inclue toutes sortes de techniques en combat rapproché tel que les saisies, projections, luxations, balayages, étranglements, attaques des points vitaux et techniques de percussion, possibilités qu’on retrouve sans exception dans le chi sao et le chi gerk.
Tous les membres sont mis à contribution : les coudes, les épaules, les genoux, la tête, etc.

Dans le texte que j’ai lu il est expliqué qu’en tuishou l’accent est davantage mis sur la rondeur du geste et qu’on allie déplacements des bras et du corps, ce qui laisse supposer que ça n’est pas le cas en kakie.

En kakie la position est verticale, ce qui libère le bassin qui peut donc effectuer des manœuvres de bascule avant-arrière (antéversion et rétroversion), varier sa hauteur et bien sûr effectuer des rotations pour se réorienter.
On évite de se pencher vers l’avant, ce qui amène l’adversaire à tirer pour déséquilibrer, ou vers l’arrière ce qui amène l’adversaire à pousser dans le même but.
La technique se pratique par un mouvement perpétuel d’attaque de plexus à plexus, au départ sans déplacement et en utilisant la paume de la main en gardant un contact de poignet à poignet avec son partenaire. Si le poing n’est pas fermé c’est pour la sécurité du pratiquant. Il est possible de changer de bras, rétablissant immédiatement le contact avec celui de l’adversaire.

Le kakie peut également aider à la musculation, une résistance musculaire se créant lors de la poussée du partenaire. Comme en chi sao et en tuishou il ne s’agit pas d’un blocage. L’épaule sert l’action et tous les muscles nécessaires à la poussée sont engagés. Lorsque pratiqué avec une résistance moindre, le kakie permet de travailler l’endurance.

Comme c’est le cas en chi sao et en tuishou on travaille avec les sensations et informations transmises par le mouvement du partenaire. Si l’information visuelle n’a pas permis de repérer un changement dans la routine créée, le contact permet de déceler le changement et “sentir” la direction de l’attaque à venir.
Les pratiquants de kakie travaillent parfois, comme nous, les yeux fermés. Ceci n’a rien de surprenant tant ces pratiques reposent sur les sensations tactiles.


En conclusion si cet art martial vient de Chine, il a grandement évolué grâce aux pratiquants d’Okinawa !
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samedi 28 janvier 2017

Nouvel an chinois : bienvenue dans l'année du coq !

Un très joyeux nouvel an chinois à tous ! Nous entrons dans l'année du coq de feu ! J'ai de grands projets martiaux pour cette année et j'espère les voir se concrétiser. S'il en est de même pour vous je vous en souhaite tout autant 🙂.



dimanche 22 janvier 2017

Les doubles couteaux dans les arts martiaux en Chine du sud [partie 3]

Partie 1Partie 2Partie 3Partie 4Partie 5Partie 6Partie 7Partie 8Partie 9Partie 10Partie 11


Texte de Benjudkins, traduit et adapté par Véronique

Les premières traces écrites : les doubles couteaux chinois à Guanzhou dans les années 1820/30

Le premier texte écrit en anglais que j’aie pu retrouver est une petite note dans l’appendice de  Transactions of the Royal Asiatic Society dans son édition de 1827 : “une double épée chinoise.  Donnée le 5 novembre 1825”. Le Lieutenant colonel Charles Joseph Doyle a de toute évidence acquis une collection importante d’armes et souhaitait en faire don à cette société. Dans une époque précédant les musées publics, nationaux et autres, le fait de constituer des collections privées ou des cabinets, était très populaire dans certaines classes sociales.

L’expansion de l’empire britannique en Asie a augmenté les possibilités de collections, et avec eux a amené une série d’idées, de philosophies et de goût artistique.
Si donc le don de M. Doyle a été fait en 1825 le double couteau dont il est fait mention ne peut pas avoir été acquis plus tardivement que les années 20.

Un autre personnage important pour ce qui concerne la compréhension de la Chine en Amérique, est Nathan Dunn. Il importait thé, soie, et autres biens de Guangdong vers les Etats-Unis. Il devint fort riche et s’appliqua à faire en sorte de faire connaître positivement la Chine aux occidentaux. En 1816 il fut excommunié de chez les Quakers suite à une banqueroute. Bien que cela l’ait détruit socialement parlant, cela est sans doute la meilleure chose qui ait pu lui arriver. En 1818 il partit pour la Chine pour tenter d’y faire fortune à nouveau. Et il y parvint.

Contrairement à la plupart des marchands occidentaux, il trouva que le peuple chinois était intelligent et prompt à l’étude et à la contemplation. Il se refusa à faire commerce d’opium et se lia avec des Chinois de toutes les couches de la société. Appréciant son attitude ouverte tous ces individus l’ont aidé à amasser la plus importante collection privée d’artefacts chinois. En fait sa collection était plus importante que celle de la British East India Company et celle du gouvernement britannique !
Elle contenait tant des pièces artistiques que des objets du quotidien, en rapport avec l’industrie, la culture, l’horticulture, la philosophie. Dunn étudiait également la vie des gens, de quelque milieu qu’ils fussent. Et s’intéressait aux artefacts utilisés par les femmes. Et, évidemment, comme tout gentleman de cette époque, il collectionnait les armes.
Sa collection fut exposée à Philadelphie en 1838. Lors de l’ouverture au public on édita un catalogue, poétiquement intitulé « 10 000 choses chinoises » contenant des descriptions détaillées de beaucoup des objets exposés. Un tel document est d’un très grand intérêt. Il est intéressant de voir que non seulement il y est plusieurs fois fait mention de doubles couteaux, mais qu’on peut y trouver trace d’autres armes utilisées à la même époque dans la même région (Guangdong).

J’ai trouvé intéressant de voir que Dunn associait les doubles couteaux au fait de couper le tendon d’Achille d’un ennemi. Dans un ouvrage de 1801 de George Henry Mason on peut voir une illustration d’un prisonnier à qui on fait subir cette blessure avec une lame courte de forme droite. On disait qu’il s’agissait d’une punition pour les prisonniers ayant tenté de s’évader. On peut supposer que la conclusion de Dunn (ou en tout cas celle de son agent Chinois) soit une réminiscence de cet usage « judiciaire » des hudiedao par les officiers de l’Etat.
Voici donc les références les plus anciennes que j’aie pu trouver. Dans les années 20 les relations entre l’Ouest et la Chine étaient pacifiques, ce n’est que dans les années 1840 que cela devint conflictuel, et, de ce fait, on s’intéressa bien plus à l’armement de “l’autre”, de nombreuses descriptions de doubles couteaux apparaissent durant cette période. De même que de nombreuses gravures représentant ces armes, et leur usage.

Exemple de dao unique, sa poignée entièrement ronde empêchait de le glisser dans un fourreau avec une autre arme. Ce type d'épée était souvent fournie aux membres de milice armés de boucliers en rotin. S'il ne s'agit pas d'un hudiedao, cette arme s'en inspire grandement. Celle-ci mesure 60 cm de longueur

Karl Friedrich A. Gutzlaff quant à lui était un missionnaire protestant allemand dans le sud est de la Chine. Il y a œuvré dans les années 1830 et 40 et fut le premier de son genre à adopter la tenue vestimentaire chinoise. Il fut un observateur de la guerre de l’Opium et fut membre d’une mission diplomatique britannique en 1840.
Une de ses occupations consistait à faire une étude de la géographie de la Chine. Dans le volume II de cet ouvrage de 1838 il parle de la situation militaire chinoise à Guangdong. Nous y trouvons cette note : “les arcs chinois sont fameux pour leurs tirs à longue distance, (…) Deux épées portées dans un seul fourreau, permettant au guerrier de se battre avec les deux mains, sont données aux membres de diverses divisions. Ils portent des boucliers en rotin (...)”
J’ai parfois entendu parler de hudiedao portant des marques de régnants, ou des marques de propriété militaire mais je n’en ai jamais vus et ne peux donc pas juger de la véracité de ces dires. En règle générale il est de notoriété publique que les doubles couteaux étaient utilisés par les civils et dans les unités militaires recrutées par le gouverneur de Guangdong lors des échauffourées avec les troupes britanniques.
Dans l’édition de mai 1840 du Asiatic Journal on trouve cette note : “le gouverneur Lin a engagé 3000 recrues, qui ont été déployées près de Canton pour s’entraîner à l’usage de l’arc, de la lance et des doubles couteaux. Cette arme est spécifique à la Chine. Chaque soldat est armé de deux épées, courtes et à lame droite, une dans chaque main, qui, si on les percute, produisent un son métallique, qui, nous le pensons, effrayera l’ennemi”.
Il s’agit là de la première référence que j’aie trouvée d’une utilisation “sonore” des doubles couteaux avant la bataille.
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